Expositions collectives
10.2021 LYON ART PAPER 2021 - Salon de dessin contemporain
09.2021 Biennale du dessin - Quartier Saint Laurent, Grenoble
09.2020 Collectif TROTT’art - Ouverture d’ateliers d’artistes - encres et huiles
09.2019 Présences – Art numérique-Arts Plastiques - Bernin (38) - dessins et huiles
04.2019 96ème Salon de la Société des Amis des Arts de Grenoble - huiles - 1er prix de peinture
04.2019 Collectif TROTT’art - Ouverture d’ateliers d’artistes - dessins, huiles
04.2019 1er salon régional d’aquarelle - mairie de Saint Egrève - aquarelles
06.2017 Concours de dessin du Musée de Grenoble autour de l'exposition Fantin-Latour - 5ème prix de dessin

04.2016 Exposition Rotary Club – Annonay – huiles et aquarelles
08.2009 15ème Festival Arts et Vignes - Châtillon en Diois - dessins, aquarelles
05.2011 Exposition Rotary Club – Davézieux - huiles, aquarelles
02.2006 Exposition illustrations - Ligue de Protection des Oiseaux - aquarelles, dessins
08.2001 7ème Festival Arts et Vignes - Châtillon en Diois – aquarelles, dessins

Expositions personnelles

03.2022 Frigos - Mairie de la Côte Saint-André
02.2022 A table ! - Espace Jean-Bernard Guy, Grenoble - en dialogue avec l'artiste 1011
06.2018 Les dormeurs - Mairie de Corenc
03.2017 Chez Violette et François, Boulogne-Billancourt - huiles
10.2016 Reviviscence - Espace Berthelot, Lyon - dessins huiles
06.2014 Réminiscences - Espace Berthelot, Lyon - huiles
05.2014 Galerie Art'TeaStic – Grenoble - huiles
06.2011 Invitation au voyage - Espace Berthelot - Lyon - huiles
06.2010 Escapade artistique  - Ardoix - huiles, aquarelles 


Articles et vidéos

Nature morte avec frigo

Les Affiches de Grenoble et du Dauphiné, Jean-Louis Roux, publié le 15 mars 2022.

     Voici des natures mortes pour notre temps  ! En prenant pour modèle l’intérieur d’un frigo ou le bac d’un évier, Agnès Colrat parle de nos vies d’aujourd’hui, tout en traitant des enjeux intemporels de la peinture. À découvrir à La Côte-Saint-André.

Ouvrir le réfrigérateur, c’est aller au spectacle. C’est bien d’ailleurs ce que l’on fait  : on ouvre le frigo pour regarder ce qu’il y a dedans. Certes, c’est pour, dans un second temps, se demander ce que l’on va pouvoir faire avec ce que l’on a. Mais le fait est  : le réfrigérateur est un théâtre où, sans nous en rendre compte, nous mettons en scène notre alimentation. C’est toute une géographie, notre frigo  ! Parfois même une géologie, tant il y a de strates de victuailles... Comment nous approprions-nous cet espace de conservation, qui a été pensé et conçu par d’autres avant nous (ingénieurs, designers, etc.)  ? Le frigo relève de l’intimité, presque autant que notre chambre à coucher  : il dit tout de nos vies – nos manques, nos faiblesses, nos compulsions. Agnès Colrat ouvre nos frigos et c’est d’emblée un tableau.

SOCIETE CONSOMMEE.

Ce serait une injustice que de réduire les peintures d’Agnès Colrat à ce qu’elles représentent  : des intérieurs de frigos. Il n’est pas interdit, bien entendu, de considérer la dimension sociologique de ces réfrigérateurs béants  : ce qu’ils trahissent de nos modes de vie. Mais ce serait faire fausse route que d’en rester là. Car, si la lumière froide des réfrigérateurs et les couleurs violentes des emballages de l’industrie agroalimentaire dénoncent évidemment (et sans qu’il soit utile d’épiloguer longtemps) la futilité clinquante de la société de consommation, la démonstration tient in fine à la façon dont l’artiste, par sa touche, creuse son motif.

SACHETS, BARQUETTES, BOCAUX.

En peintre de nature morte qu’elle est (mais une nature morte qui donne à voir notre vie d’aujourd’hui et qui parle de nous), Agnès Colrat joue des chromatismes (salades vertes et betteraves rouges) et plus encore des effets de matière  : brillances ou matités des emballages, demi-transparences des boîtes hermétiques en plastique, compositions complexes marquant l’interpénétration des volumes et des plans (sacs, sachets, barquettes, bouteilles, bocaux, pots). Les cadrages sont rigoureux  : frontaux (on imagine l’artiste accroupie devant le frigo ouvert) ou bien en vue cavalière (regard surplombant de toute la hauteur d’un adulte sur le contenu du frigo).

LE VIDE ET LE PLEIN.

Ce que montrent les huiles sur toile d’Agnès Colrat relève donc de la superficie (la consommation, c’est l’écume des jours), mais cette superficie est travaillée par l’artiste en profondeur. Le réfrigérateur a beau être plein, il exprime souvent un vide, tandis qu’en figurant ce vide, Agnès Colrat est au plein de l’acte de peindre. Qu’on veuille bien y prendre garde  : en focalisant son regard sur l’intérieur des réfrigérateurs, l’artiste s’interroge d’entrée sur ce qu’est une image. La porte ouverte du frigo, c’est en soi un tableau  ! Les bords du frigo coïncident avec les bords du tableau. Le frigo conserve nos provisions, mais encore il les «  encadre  »  ; il les maintient à l’intérieur d’un volume, que la peintre transforme en une surface cernée.

DU FRIGO A L’EVIER.

Du reste, Agnès Colrat opère pareillement, lorsqu’elle dessine des éviers  : dans de rigoureuses vues plongeantes qui écrasent la profondeur, elle fait coïncider le cadre de son dessin avec le bord de l’évier... et réduit, du coup, son motif aux seules usures que la céramique ou l’inox du bac a subi au cours des décennies de son utilisation  : rayures, frottements, grattages, dépôts, etc. S’il n’y avait la grille de la bonde – ou bien quelques cadavres de mouches – pour nous ramener à la réalité, nous serions bien en peine d’interpréter ces dessins à l’encre sur polyester. Tout procède, chez Agnès Colrat, de ce va-et- vient perpétuel entre le réel et son image, le rendu de l’espace mais l’aplatissement des plans, la figuration assumée mais la jubilation du pur exercice pictural. L’art d’Agnès Colrat se joue à l’entre- deux des mondes.

Petite vidéo réalisée par Stephan Poulle.  2021


Note d'intention à propos des séries ESPÆCES et Mémoire Carbone

Gilles Fourneris, 2020


  Dans sa série ESPÆCES, Agnès Colrat explore les détails - cavités, interstices, protubérances, sutures, emboitages, ouvertures  -  d’une boite crânienne  humaine, vieille de plus d’un siècle,  spécimen parmi ceux qu’utilisent les archéologues comme référence anatomique et gabarit.

  Le statut et la portée des ossements crâniens – restes intemporels de ce qui fut l’enveloppe matérielle et le siège de personnalités humaines, une fois accomplie la lente besogne du temps rongeur sur les tissus morts -   n’est plus à décrire.  Quel qu’en soit l’âge, quelques années ou quelques siècles, le lien aux individualités vivantes défuntes dont ils sont les carcasses s’est irrémédiablement dissous dans la terre avec les chairs. Ne subsiste sous nos yeux - appelés eux-aussi à disparaitre -  qu’un symbole éternel et irréfragable de notre condition de mortel, vanité que l’art n’a cessé de déclamer, vestige parmi les vestiges de nos existences charnelles vouées à la pétrification ou au néant.

  Mais là n’est pas le propos d’Agnès Colrat. Le regard que ses dessins adoptent s’attache à l’inverse, à déconstruire le sujet du crâne humain, à le détacher de son genre animal pour lui donner une dimension d’objet. Les points de vue minutieusement sélectionnés par l’artiste, qu’ils s’attachent à dévoiler d’insolites perspectives semblables à celles qu’offrent les grottes, ou à nous projeter au plus près des surfaces aux textures sédimentaires, révèlent une nouvelle substance, architecturale celle-ci, minérale et caverneuse . Sous les crayons du peintre , le volume crânien prend l’aspect d’une construction spatiale primitive, où concrétions, fissures, dépôts, trouées, promontoires dentés campent le décor d’une géographie préhistorique, imaginaire, qui nous renvoie, non au trépas du vivant, mais aux origines du monde.

  Les techniques graphiques employées servent magnifiquement l’évocation de l’homme dans sa relation à une minéralité originelle. L’eau, ses suintements, ses écoulements, tout comme le carbone qu’il soit sous forme d’aplats calcaires ou de dépôts friables de craie, ou encore la silice enfouie au plus profond de couches claires granulaires comme le quartz, habitent les horizons et les gros plans picturaux dans lesquels Agnès Colrat nous plonge. Au point que, tel un esprit que le travail invoquerait par magie, le pariétal s’invite et la boucle est bouclée.  La paroi crânienne comme support mural sur laquelle l’homme peint.  L’espace de la boite comme antre intime, lieu de toutes les projections. Somptueux retour platonique à l’humain.

Gilles Fourneris


Court-métrage réalisé par Stephan Poulle (2019) pour l'installation Archéologie d'une présence, Château de la Veyrie, Bernin (38)

Exposition "Présences - Art Numérique, Arts Plastiques"